
L’Association Internationale de Développement (IDA), une branche du groupe de la Banque Mondiale, propose aux internautes de participer à un concours vidéo. L’institution invite les internautes à publier une vidéo sur Youtube, d’environ deux minutes, et qui répondrait à la question suivante :
Si vous étiez en charge du programme de la Banque mondiale dans votre pays, province, ville ou village, que mettriez-vous en priorité et pourquoi?
Pour rappel, l’IDA finance les projets de développement dans les 79 pays les plus pauvres de la planète.
La Banque Moniale : une institution critiquée
La Banque Mondiale, notamment auprès de certains acteurs associatifs et organisations non gouvernementales, ne bénéficie pas d’une bonne presse, et cela pour deux principales raisons :
1) Au niveau politique : La Banque Mondiale est perçue comme servant directement la cause des pays développés, sous très grande influence des Etats-Unis. Les mandats de Robert Zoellick et de Paul Wolfowitz, les deux hommes politiques étant conservateurs, n’ont pas contribué à lisser cette image. On passe la polémique sur les aventures de ce dernier…
2) Marge de mamanœuvre : Politique influencée donc perçue comme unilatérale. En effet, les objectifs et les activités de la Banque Mondiale peuvent apparaître comme une institution servant à des fins idéologiques et économiques (libéralisation à outrance, privatisation, etc.). La Banque Mondiale vue comme une filiale de l’idéologie libérale, et non comme oeuvrant pour « un monde sans pauvreté », ainsi qu’elle se présente.
Alors, une opération impliquant directement les acteurs des pays et régions concernés, ou du moins leur laissant prendre directement la parole, de manière publique et affichée sous l’initiative de la Banque Mondiale est censé contribuer à atténuer les aspects négatifs traités ci-dessus, ou du moins les remettre en question. J’exagère un peu bien sur…

La mise à contribution : une remise en question des préjugés sur la Banque mondiale ?
Nous pourrions considérer que ce type d’opération a du moins l’avantage de s’attaquer directement à la source de ce qui décrédibilise l’institution auprès des acteurs concernés et du grand public, et cela en deux points :
1- Elle pourrait contribuer à améliorer la visibilité de l’institution et de ses fonctions auprès du grand public, mais aussi et surtout auprès des acteurs directement impliqués dans les projets de développement dans les pays pauvres. Les vidéos doivent être publiées sur Youtube, et non envoyées sur une des plateformes de la Banque Mondiale, ce qui démontre une volonté d’assurer une visibilité de masse.
2- Elle pourrait participer à l’amélioration de l’image de la Banque mondiale auprès de certains acteurs au développement dans les pays pauvres, puisqu’elle s’adresse à eux. C’est un peu un appel du pied au réticents, une manière de remettre en cause les idées reçues sur une institution qui apparaît comme obéissant aveuglement dans l’intérêt idéologique, politique et économique de l’Oncle Sam, sans se soucier de l’opinion locale.
Un dispositif simple dans les formes… mais aux finalités peu claires
Les internautes sont invités à poster une vidéo en respectant un cadre strict : Une durée de deux minutes maximum sur Youtube exclusivement et qui répond à une question qui est, grosso modo, « Que feriez vous à notre place dans votre région », mais d’autres conditions viennent s’ajouter, moins évidentes pour le coup :
Un cadre à finalités techniques, le règlement du concours : l’utilisation exclusive de la plateforme Youtube, la durée maximale et le thème de la vidéo, le sous-titrage en anglais obligatoire, les dates limites, les indications sur l’utilisateur qui doivent nécessairement apparaître avec la vidéo, respect des conditions d’utilisation de Youtube, bref, jusque là, rien de bien méchant.
Mais il y a un troisième cadre supplémentaire à superposer, clair dans la formulation mais qui met moins en évidence la finalité de cette opération et qui nous amène à nous poser la question de savoir si il s’agit réellement d’un appel à contribution des internautes (attente de propositions concrètes de leur part dans leur région), ou bien d’alimenter un brainstorm globalisé dans l’intérêt unique de l’IDA ? Le processus de sélection instaure le doute :
Les vidéos soumises seront évaluées selon les critères suivants :
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Impact — Quel impact le message vidéo aura-t-il sur l’avenir de l’IDA ?
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Capacité d’impulsion — Quel impact votre message aura-t-il sur les dirigeants de ce monde qui discutent de l’IDA ?
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Incitation au changement — Le message vidéo est-il suffisamment percutant pour stimuler un changement de mentalité des publics dans le monde sur les questions liées au développement ?
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Pertinence — Quel intérêt le message vidéo présente-t-il pour l’IDA et les questions de développement ?
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Originalité — Le message vidéo est-il véritablement original par rapport aux autres vidéos soumises ?
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Authenticité — Abordez-vous une problématique du développement qui vous tient réellement à cœur
L’invitation à l’implication du grand public et d’acteurs sur des sujets qui les concernent directement est évidemment bienvenue.
Mais que penser de ce type d’initiative ?
De sa finalité réelle : Qu’en sera-t-il concrètement des projets soumis dans les vidéos ?
De son succès :
§ S’afficher publiquement dans ce genre d’opération n’est pas un risque en terme d’image pour un internaute lambda ni pour un acteur associatif, malgré tout, d’autres formats plus pratiques auraient pu être privilégiés. (Je ne parle évidemment pas ici de certaines ONG ou associations qui doutent des desseins de la Banque mondiale et qui sont plutôt critiques vis-à-vis de des institutions financières mondiales de manière générale)
§ Dans certaines régions, le peu de logistique (une camera et une connexion Internet) nécessaire à la participation au jeu concours peut constituer une barrière.
§ En dehors d’un simple relais sur les sites officiels de l’IDA et de la Banque Mondiale, un dispositif publicitaire a-t-il été mis en place ? Voir de relations publiques ?
Des risques : Notamment de l’usage politique. Certaines associations et ONG peuvent retourner cette initiative contre l’institution.
Enfin, de sa visibilité : Une chaîne Youtube a-t-elle été créée à l’occasion ? Des tags spécifiques à intégrer dans les vidéos ont-ils été soumis aux internautes souhaitant participer à l’opération ? Les internautes ont-ils été encouragés à poster leur vidéo sur leur blog ou site ? La réponse est non dans tous les cas.
Bref, peu de visibilité donnée à cette initiative intéressante et un flou artistique dans ses finalités.
